Les Lions d’Al-Rassan – Guy Gavriel Kay

Les Lions d’Al-Rassan

Auteur : Guy Gavriel Kay

Canadien né en novembre 1954, il étudie la philosophie à l’Université de Manitoba. En 1974, de part les contacts entre sa famille et celle des Tolkien, il devient l’assistant de Christopher Tolkien lorsque ce dernier souhaite travailler à l’édition du Silmarillion. Il retourne ensuite au Canada où il achève une formation de droit en 1978 à l’université de Toronto.

Dès 1982, il travaille en tant que scénariste pour Radio-Canada pour une série The Scales of Justice se basant sur des affaires judiciaires qu’il a poursuivi lorsque cette dernière a été adaptée à la télévision.

Il débute l’écriture de roman avec la trilogie La Tapisserie de Fionavar (1984-86) qui reçoit un bon accueil. Il continue alors d’enchaîner les romans avec comme principale source d’inspiration les événements historiques majoritairement européens et méditerranéens.

Présentation du livre :

Les Lions d’Al-Rassan, 1999 – (The Lions of Al-Rassan, 1995)

Traduction : Élisabeth Vonarburg

Synopsis (éditeur) :

L’empire d’Al-Rassan a fait de ses conquérants asharites, venus des sables du désert, un peuple d’artistes et de savants ; l’assassinat du dernier calife a entraîné son éclatement en cités-États rivales. Seul peut-être le roi Almalik de Cartada saura lui rendre sa puissance et son unité, avec le soutien du légendaire Ammar ibn Khairan, poète, diplomate et soldat.
Car une autre menace pèse sur l’Al-Rassan, celle des royaumes jaddites du nord de la péninsule, divisés, certes, mais avides de reconquérir le pays dont ils s’estiment dépossédés. Rodrigo Belmonte est le plus prestigieux de leurs chefs de guerre.
C’est dans l’exquise cité de Ragosa que se rencontreront Ammar et Rodrigo, pour un temps exilés au service du même monarque. Entre eux, la figure exceptionnelle de Jehane bet Ishake, fille du peuple Kindath et brillant médecin.

Guy Gavriel Kay crée des mondes imaginaires librement inspirés de l’histoire médiévale. Les Lions d’Al-Rassan trouve son origine dans l’Espagne du Cid et de la Reconquista, après la chute du califat de Cordoue au XIe siècle.

Fantasy épique, roman d’aventures humaines et politiques à l’échelle d’un monde, ce livre porte l’œuvre romanesque de l’auteur au plus haut de sa quête ambitieuse.

Appréciation globale :

Dans ce roman, l’histoire se déroule dans le cadre de la Reconquista, soit la reprise en quelques années des territoires espagnoles sous influence musulmane durant le XVIème siècle. Parmi les personnages historiques, on retrouve un certain Rodrigo que l’on connaît plus chez nous sous les traits du Cid.

Je me suis plongé très facilement dans le récit grâce à une histoire captivante et des personnages charismatiques. La multiplicité des points de vue permet à la fois d’avoir une vision assez exhaustive des événements en mettant en avant les enjeux pour chaque camp, mais également de valoriser les personnages principaux en nous dévoilant leurs contradictions et leur difficulté à leur faire face.

L’histoire nous semble dans un premier temps secondaire tant on est émerveillé par les interactions entre les personnages. Le roman a cependant un creux dans la vague au milieu du récit où on rentre dans un faux rythme qui a cassé mon envie de continuer à lire. Ce n’était qu’un léger temps d’arrêt avant une dernière chevauchée haletante démarrant avec le carnaval, véritable pivot de l’action et se finissant par les dernières pages du récit qui nous révèlent les derniers éléments qui nous manquaient.

Avis personnel :

(/!\ il est fort probable que des révélations sur l’intrigue soient présentes)

L’histoire débute avec un événement important qui bouleverse Jehane bet Ishak : le Jour de la Douve. Le roi de Cartada a décidé de faire exécuter sous le regard de son fils toute la bourgeoisie de la cité de Fézana. Jehane sauve de cette mort cruelle l’un de ses patients et sa volonté de le protéger la pousse à devoir quitter sa cité. Cet élément déclencheur nous permet de mieux appréhender la place du médecin dans cette ville mais également la ségrégation religieuse à la quelle elle doit faire face en tant que Kindath dans une ville asharite.

La confrontation religieuse est à la fois au centre et une excuse des conflits d’Esperagne. L’auteur choisit de nous donner comme point de vue, des personnes éclairées, ouvertes d’esprit sur les religions. On le voit à plusieurs reprises dans le récit avec notamment le roi Ramiro qui en est une incarnation forte. Peu croyant, cette guerre sainte est d’abord, pour lui, une guerre de conquête. La mobilisation se fait dans un premier temps pour attaquer les infidèles, mais dès que possible, il se retournera contre ses alliés jaddites du moment.

Du côté de la romance, j’ai trouvé que c’était un beau triangle amoureux. Jusqu’à ce que chacun se prononce réellement, on ne sait pas de quel côté va pencher la balance. Il y a tellement de respect des personnes et de leurs sentiments que cela vient pas à pas presque naturellement. Néanmoins, je n’ai jamais cru au fait que Jehane aille très loin avec Rodrigo. Je le pensais vraiment à sens unique jusqu’à ce que Rodrigo en lui en parle à la fin du récit. Le sentiment amoureux plus globalement est admirablement bien raconté à travers les divers couples de personnages associés. En plus de ceux cités auparavant, on peut ajouter l’amour à sens unique d’Alvar pour Jehane mais surtout Rodrigo et Miranda, Éliane et Ishak, Ramiro et Inès qui dégagent une quasi-fusion des deux corps. En peu de temps, l’auteur arrive à nous montrer la puissance de la dévotion faite à l’autre malgré ses propres faiblesses.

Le sens de l’honneur des différents protagonistes, pas seulement Rodrigo et Ammar donne une dimension forte au déroulement de l’histoire. Cette droiture d’âme sur chaque grande figure pourrait être rapproché avec ce que l’on retrouve dans les histoires de samouraïs. Par contraste, l’humour et le ton badin sont extrêmement présents notamment dans les dialogues où Jehane prend par.

Au niveau de personnages plus secondaires sur lesquels on pourrait s’attarder, je vais commencer par Mazur ben Avren. Dans un premier temps, étant donné qu’il courtise activement Jehane et que c’est un coureur de jupon fini, il faut bien l’avouer que c’est un personnage que l’on apprécie peu. Cependant, de par ces prises de décision et ses discussions avec le roi de Ragosa, il change notre prisme de pensée. Son sacrifice est, à l’image de la gestion des grands personnages de ce livre, magnifiquement travaillé.

Alvar représente notre témoin : il est là quand tout commence et que tout fini. Il est notre intermédiaire : une bonne partie du récit, il subit l’action avec nous et à peu de marges de manœuvre, sa première réelle initiative est de porter assistance à Rodrigo durant le carnaval. Son rôle de témoin, intermédiaire du lecteur, prend tout son sens, selon moi, lors de la seconde fuite de Fézana. Comme nous, il s’insurge de la violence infligée aux kindaths et il décide alors de prendre les choses en main.

En retrait durant presque tout le récit, Vélaz, l’homme à tout faire incarne une omniprésence-invisible, un don de soi qui me frustre dans le sens où une fois disparu, son absence ne s’est pas suffisamment fait ressentir. A l’inverse, mystifié dès le début du livre mais peu impliqué dans l’action, Ishak mène a bien cette trépanation. J’ai trouvé cela merveilleux que ce soit lui qui la réalise et non sa fille. Même injustement privé de lumière, le génie est toujours là, prêt à des innovations (pour l’époque) risquées pour sauver des vies.

Pour finir, la fin du bouquin est bien dosée, travaillée juste comme il faut pour garder le plus longtemps possible le suspens. Déchirement amoureux, il n’y a pas vraiment. La douleur que l’on a c’est qu’Ammar et Rodrigo malgré leur amitié, finissent par s’affronter dans un duel inéluctable mais logique, ils étaient bien trop valeureux pour l’Esperagne.

Plus que l’histoire, les conflits, les péripéties, ce sont les personnages qui tiennent le roman et comme Guy Gavriel Kay les gère d’excellemment bien, je ne peux que vous conseiller de se procurer ce livre.

Arck,


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