Le Peuple de l’Abîme – Jack London

Par acquis de conscience et par curiosité, j’ai regardé ce quel était l’ouvrage que j’ai lu en dernier de Jack London et surtout quand ! Et bien, c’était il y a bien 15 ans et c’était le recueil de nouvelles, le fils du Loup. Une nouvelle plongée dans l’univers du grand froid canadien après les mythiques Croc-Blanc et l’Appel de la forêt. C’est donc assez étrange de venir inaugurer ici l’arrivée de cet auteur par un ouvrage moins connu. Un second avec un ton aussi caustique arrivera aussi plus tard.

Néanmoins, il reste, je pense, apprécié de sortir de ces sentiers battus et de rappeler à tous que Jack London, c’est aussi cela.

Auteur : Jack London

Né, John Griffith Chaney en janvier 1876 à San Francisco. Il grandit chichement et découvre la littérature par le biais de la bibliothèque municipale d’Oakland en 1885. Il enchaine les petits boulots sous payé avant d’entamer quelques études supérieures dont il met fin pour partir dans le Nord lors de la ruée vers l’or. Cependant, il n’a pas l’occasion de s’enrichir de cette façon mais recueille par contre de nombreux témoignages qui lui seront utiles pour plus tard. Il continue de voyager de part le monde et il meurt une longue maladie qui va l’amener à dépérir jusqu’en novembre 1916.

Auteur particulièrement connu pour ses ouvrages d’aventure dans les contrées sauvages du Nord avec des titres comme L’Appel de la forêt ou Croc-Blanc, il n’en reste pas moins quelqu’un de très prolifique avec beaucoup d’ouvrages beaucoup moins connus toujours dans la même thématique avec des nouvelles telle Construire un feu. Mais son engagement socialiste et notamment dans les luttes ouvrières reste quelque chose d’étonnant lorsqu’on le compare à ses autres écrits.

Présentation du livre :

Synopsis :

Jack London quitte les États-Unis pour l’Angleterre afin de couvrir la Guerre des Boers*. Cependant lorsqu’il arrive sur place le conflit est déjà terminé. Il décide alors de se plonger dans le quartier populaire d’East End pour voir dans quelles conditions de vie se trouvent ces habitants. Surement inspiré par les travaux d’Engels, il reproduit aussi en partie le travail que Jacob Riis a fait avec Comment vit l’autre moitié sur New York en 1890 en se fendant toutefois dans la masse.

*guerre entre nouveaux colons anglais et anciens colons européens due à la découverte de mine d’or en Afrique du Sud amenant à l’annexion de ces territoires sous la domination de la couronne britannique.

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Appréciation globale :

Ce livre couvre un ensemble de témoignage des expériences que Jack London a eu durant cette aventure. C’est donc des morceaux choisis qu’il nous retranscrit et qui sont là pour faire étayer son point de vue sur la misère qui touche la société ouvrière anglaise et qui semble être pire que celle qu’il a pu vivre de son côté aux États-Unis.

C’est ainsi que l’on découvre au fur et à mesure l’Abîme et ceux qui y vivent. Je voulais mettre habiter au départ mais malheureusement tous n’ont pas un toit. Le premier constat est l’insalubrité et la difficulté pour trouver un logement. Le cercle est pernicieux car la pauvreté des personnes les amènent à faire gonfler au fur et à mesure le prix des logements en acceptant de vivre plus nombreux dans un espace de plus en plus réduit. Avec ces loyers importants, la moindre maladie met en péril le voyager.

C’est pour cela que l’on retrouve rapidement des personnes âgées ou de jeunes gens, à la porte, à devoir ramper jusqu’à l’asile le plus proche pour trouver un endroit où dormir et s’alimenter, un havre qui est loin d’incarner la paix et le salut car il ne fait que repousser les échéances.

Bien nourri et chaudement vêtu, j’ai voyagé des journées entières, alors que le thermomètre était à plus de vingt degrés au-dessous de zéro – j’ai souffert, c’est vrai, mais ce n’était rien en comparaison de « porter la bannière » une seule nuit, mal nourri, mal vêtu, et trempé comme une soupe.

Et encore, ces derniers ont de la chance pour tous ceux qui ont réussi à rentrer, combien porte la bannière ? Il reste alors à ces personnes à errer toute la nuit et de tenter de trouver un emploi, ce qui est très difficile et la fatigue n’aide en rien. A cela, il faut ajouter une concurrence acharnée dans une situation de chômage importante, de l’état de forme des individus qui se désagrègent par une course à la survie entrainant des surcharges de travail pour des gains modiques réinvestis dans une nourriture de mauvaise qualité, quand ce n’est pas dans de l’alcool pas de gamme qui est peut-être la solution le plus simple, avec le suicide, de s’évader de ce taudis.

Ce qui est dramatique c’est qu’il met en parallèle un certain laisser-faire de l’état avec la police qui empêche aux sans-abris de dormir la nuit et un pouvoir judiciaire particulièrement dur envers tous ses salariés exploités. Il y a eu bien sûr des avancées des droits des salariés et des conditions de travail depuis, mais il est horrifiant de lire certains retours d’expériences que ce soit d’individus subissant des blessures terribles sur leur lieu de travail et qui sont gentiment mis à la porte ou d’ouvriers consciencieux qui détruisent leur santé en utilisant des produits toxiques. Et tout cela dans une indifférence générale et sans vraiment de conséquence tellement tout le monde s’accroche à l’espoir d’un emploi payé au lance-pierre. Ce n’est pas un état de grâce. C’est une nouvelle fois, cette étrange force de volonté qui nous pousse à chercher à vivre.

Le gosse qui vole quelques poires à une très florissante compagnie de chemins de fer constitue une bien plus grande menace contre la société que la jeune brute qui, sans aucune raison, se livre à des voies de fait contre un vieillard de plus de soixante-dix ans. La jeune fille qui s’installe chez une logeuse en prétendant qu’elle a du travail, commet une faute si grave que, si on ne la punit pas sévèrement, elle et toutes celles de son espèce pourraient jeter par terre les fondements de cette fabrique de propriétés qu’est devenue notre société. Par contre, si elle se promène dans un but peu avouable sur Piccadilly ou sur le Strand passé minuit, la police fermera les yeux, et elle n’aura aucune difficulté à payer son loyer.

Si seulement Jack London avait fabulé…

Arck,

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